9 QUESTIONS À AXELLE TESSANDIER

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Axelle Tessandier est, selon la définition de John Maeda, un « mutant ». Elle n’a pas peur de l’étiquette de slasheuse : experte indépendante / spécialiste de la révolution numérique / porte parole de la génération Y / consultante en storytelling. Et pour être sur que tout le monde comprenne qu’elle est tout cela à la fois, il n’y a pas de fonction sur sa carte de visite. On a voulu en savoir plus sur cette chef d’entreprise à part.

DEAR JOURNAL : Peux-tu te présenter en quelques mots ?

AXELLE TESSANDIER : Je m’appelle Axelle Tessandier. Je suis la fondatrice d’une agence qui s’appelle Axl Agency et que j’ai créé il y a 3 ans à San Francisco. L’agence a démarré en faisant des retours de tendances de la Silicon Valley pour des entreprises françaises. J’ai également apporté mon aide à des évènements comme la conférence LeWeb. Aujourd’hui, j’interviens principalement dans des grands groupes français ou des startups sur des sujets de société, comme la révolution numérique, les nouveaux usages, les nouveaux outils, les nouveaux business models et la génération Y. Je fais également du storytelling : j’aide les startups ou des projets à raconter et partager leur vision.

DJ : Peut-tu nous raconter comment tu t’es retrouvée à San Francisco ?

AT : Avant de devenir entrepreneur, j’ai tout essayé et je me suis beaucoup baladée : j’ai eu 7 jobs en 8 ans ! Un CV gruyère avec beaucoup de trous. Je pense que ce qui me manquait, c’était d’être passionnée et de pouvoir être à fond sur ce que je faisais. C’est alors que j’ai eu l’opportunité de partir à Berlin pendant 3 mois à Palomar (un programme sponsorisé par T-Mobile et Google, réunissant 30 personnes de la génération Y entre 18 et 30 ans, avec pour objectif de réfléchir au futur du travail pour la génération numérique) et cela a changé ma vie ! Après ces 3 mois, j’ai eu la chance de pouvoir rejoindre leur hub partenaire à San Francisco pour continuer à travailler sur les projets démarrés à Berlin. J’étais censée rester 3 mois et finalement j’y suis restée 6 ans ! Là-bas, en tant qu’artiste résident, j’ai organisé des évènements autour de la créativité et de l’innovation. Durant mes week-ends, j’écrivais pour des start-ups et des pure players en France pour leur faire des retours de tendance, leur raconter ce qu’il se passait dans la Silicon Valley. Grâce à ce side job, j’ai été repérée par Scoop It ! (start-up française éditant une plateforme en ligne de curation de contenu) et je suis devenue à la fois leur directrice marketing et leur employée n°1 aux Etats-Unis.

DJ : Qu’est-ce qui t’a donné envie de créer ton agence Axl Agency et de devenir entrepreneur ?

AT : Chez Scoop It !, l’expérience était top, l’ambiance super et j’avais une grande autonomie de travail. Mais il me manquait un petit quelque chose, je n’étais pas complètement heureuse dans ce que je faisais. A ce moment là, My Little Paris (média Internet éditant des newsletters d’adresses secrètes et insolites) m’a contacté pour que je devienne leurs yeux et leurs oreilles dans la Silicon Valley, afin de trouver de nouvelles idées et de dénicher de nouvelles tendances. Je faisais cela le week-end et j’ai commencé à préférer mon job du week-end plutôt que celui de la semaine. Tout simplement parce j’étais libre et que je faisais exactement ce que j’aimais. J’étais à la recherche de cette liberté totale et je pense que ce fut ma première motivation pour monter ma boite.

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DJ :  Quelles différences observes-tu entre Paris et San Francisco, entre la France et les Etats-Unis ?

AT :  Premièrement : il existe un état d’esprit complètement différent.En France, c’est vrai qu’on peut se laisser aller à un certain pessimisme ou scepticisme, c’est notre culture de l’esprit critique. C’est donc parfois plus difficile de créer le futur quand tu n’y crois pas. Il faut qu’on retrouve confiance en nous et qu’on ait envie de l’inventer. Aux Etats-Unis, on est plutôt très optimistes. L’afflux très important de capitaux y est pour beaucoup et on peut dès lors construire le futur sereinement. Deuxièmement : San Francisco et la Silicon Valley sont des endroits très monocultures. On n’y parle que de technologie et de révolution numérique, du matin au soir. Alors qu’en France, tout le monde ne travaille pas uniquement dans les nouvelles technologies mais également dans la mode, l’art, la culture, la restauration. Etre entouré de personnes de secteurs et d’horizons différents, cela représente une vraie opportunité pour innover et créer. La France est très créative dans des domaines comme la mode ou l’art et je crois qu’on devrait être très fiers de cela.

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DJ : Quel est ton secret pour spotter les tendances ?

AT : Je pense qu’il est très difficile de prédire l’avenir. On ne peut penser l’avenir qu’avec notre connaissance du présent. Cependant, on peut développer son intuition. C’est ce que je fais et une grande partie de mon travail consiste à proposer des intuitions à des sociétés, des grands groupes, des start-ups. Je suis extrêmement curieuse et j’ai essayé de faire de ma curiosité mon job. J’adore observer, regarder ce qui se passe autour de moi, le digérer puis en ressortir quelque chose de fort, d’impactant. Je ne me définis jamais comme une experte mais plutôt comme quelqu’un de très intuitive. Je fais beaucoup confiance à mes intuitions et à mes émotions. Je crois d’ailleurs qu’une fois que la société sera rentrée complètement dans l’ère de la robotique, les seuls vrais jobs qui resteront seront ceux liés à l’art et à la créativité. Je pense profondément qu’il faut avoir des émotions et des intuitions pour créer.

DJ:  Aujourd’hui, tu es revenue en France après 6 ans d’expatriation à San Francisco. Qu’est-ce qui t’a motivé à rentrer au bercail ?

AT : Le 7 janvier 2015, j’étais à Las Vegas pour le CES (grande messe des nouvelles technologies) et je découvre aux infos l’horreur à Paris et les attentats contre Charlie Herbdo. J’ai eu alors une sensation horrible, l’impression de ne pas comprendre ce qu’il se passait, d’être frustrée d’être aux Etats-Unis et pas en France. Je me suis sentie très proche de mon pays à ce moment là et j’avais envie de rentrer. Le 10 janvier, il se trouve que j’avais un avion pour rentrer à Paris. Le 11 janvier, j’étais à la marche Place de la République. Au cours de l’année 2015, durant mes voyages entre Paris et San Francisco, je me suis dit : « A mon échelle, qu’est-ce que je peux faire maintenant, comment je peux m’engager ». Je cite souvent cette phrase forte qui montre en quoi, à notre petite échelle, nous pouvons avoir un impact sur le monde : « Si tu penses que tu ne peux pas avoir d’impact sur ce monde, essaye de dormir avec un moustique dans ta chambre ». En 2015, j’ai eu l’opportunité de lancer la version française de Kickstarter.com. Et j’ai découvert que beaucoup de choses avaient changé en France, qu’il y avait beaucoup plus de start-ups qu’avant. J’ai pu m’apercevoir que l’éco-système tech français était fort, avec des incubateurs, des programmes d’innovation financés par des grands groupes et des soutiens importants de l’Etat. A ce moment-là, je me suis dit : « C’est le moment, il faut rentrer ».

DM: Tu as récemment animé le premier meeting d’Emmanuel Macron le 12 juillet à la Maison de la Mutualité. Est-ce le début de ton engagement politique ?

AT :  Ce que j’aime dans la révolution numérique, c’est ce que cela provoque comme révolution psychologique, quelle transition cela représente pour la société, quels nouveaux rapports humains cela engendre, quelles nouvelles inégalités nous allons devoir combattre. Dans mon travail, je me demande toujours : est-ce que ce projet améliore les vies, est-ce que ce produit a du sens ? Je crois que j’ai toujours eu un fort engagement politique, et ce dès mon plus jeune âge. Et au moment de prendre la décision de rentrer en France, je me suis demandée : « Qu’est ce que je peux apporter à mon pays ? Est-ce que je peux apporter ma double culture franco-américaine ? Est-ce que je peux apporter de la diversité dans l’innovation et dans l’univers technologique français ? ». J’ai senti que j’avais plus d’utilité en France qu’à San Francisco. Je crois beaucoup à la politique pour changer les vies et c’est aussi une des raisons pour lesquelles je suis rentrée en France. Je ne crois pas au clivage droite-gauche en politique. Je crois plutôt aux curieux versus flippés, aux personnes ouvertes versus conservatrices. Et il y a 1 mois, j’ai été contacté par l’équipe d’Emmanuel Macron pour animer son meeting d’ouverture. Et j’ai décidé d’accepter car je crois qu’à un moment, il faut avoir le courage de « stand-up », de s’engager pour des idées et des valeurs auxquelles on croit, et de dire : « Voilà ce en quoi je crois, voilà ma vision de la société ». Emmanuel Macron représente une vraie chance pour ce pays : il se bat pour la diversité, l’entrepreneuriat, l’Europe. Je crois en lui et je crois qu’il est nécessaire pour la société française aujourd’hui.

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DJ: Parlons alimentation maintenant. Quels sont tes ingrédients préférés, ceux que tu ne peux t’empêcher de mettre partout ?

AT: Je suis une végétarienne affirmée ! J’adore les graines de chia, le kale, l’avocat, les baies de goji mais également le beurre d’amande.

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DJ: Quel est ton rapport au sport ?

AT : 100% obsessionnel. Je fais du sport tous les jours ainsi que du yoga. D’ailleurs, je ne prends jamais de rendez-vous à l’heure du déjeuner. J’utilise souvent l’heure du déjeuner pour ma pause sport. Du coup, je privilégie plutôt les petits déjeuners ou « Smoothie meeting » du matin quand on me propose un déjeuner pour le boulot. J’ai une sorte de routine creative en fait pour moi cela m’aide !

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DJ: Tes projets pour le futur ?

AT: J’improvise beaucoup et me laisse porter par mon instinct, mais je sais qu’ils seront engagés !

Merci à Axelle Tessandier pour ce super moment ! 

@Credit Photos : Tresor Parisien / Site En-Marche.Fr / CreaGeneve / MGC Prevention

 

 

 

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